Cent mille milliards de poèmes

Le vieux marin breton de tabac prit sa prise
pour déplaire au profane aussi bien qu'aux idiots
sur l'antique bahut il choisit sa cerise
elle soufflait bien fort par dessus les côteaux
On était bien surpris par cette plaine grise
le vulgaire s'entête à vouloir des vers beaux
il grelottait le pauvre aux bords de la Tamise
les Grecs et les Romains en vain cherchent leurs mots
Devant la boue urbaine on retrousse sa cotte
on sale le requin on fume à l'échalotte
lorsqu'on revient au port en essuyant un grain
Enfin on vend de tout homards et salicoques
on transporte et le marbre et débris et défroques
si la cloche se tait et son terlintintin


Raymond Queneau

Idea and implementation by Magnus Bodin 1997
Produced in the wonderful country of Sweden.